RDC: Histoire du point d'achevement PPTE

 

MISE EN LIGNE LE 21 JUIN 2010 | LE SOFT INTERNATIONAL N°1053 DATÉ 21 JUIN 2010.
Il est là ce Point d'achèvement tant attendu. À dix jours de l'atteinte, sauf accident improbable, il ne saurait plus jamais échapper à la R-dC.
Le plus ancien en charge du dossier est le gouverneur Jean-Claude Masangu Mulongo. Avec le ministre de l’Économie, des Finances, du Budget Freddy Matungulu Ilankir Mbuyamu, docteur en Sciences économiques à Fletcher School, Tufts University, Boston, il entreprend avec le premier Gouvernement d’après le Président Laurent-Désiré Kabila, la mise en œuvre d’un vaste chantier de réformes qui va permettre le retour de la stabilité économique et monétaire en R-dC, de même que la reprise de la croissance économique.
Du coup, le pays va voir se rétablir la coopération financière avec ses partenaires bilatéraux et multilatéraux au développement, le FMI, la Banque 
Mondiale, la Banque Africaine de Développement, l’UE, etc. Ceux-ci, sous Mobutu et Laurent-Désiré Kabila, avaient mis le pays à l’index.
Freddy Matungulu Ilankir Mbuyamu traîne une expérience qui ne déplaît pas à Kinshasa, ni à Washington. Bien au contraire. Envoyé en poste en 1988 à Yaoundé où il dirige le bureau régional du FMI au titre de Représentant résident, Freddy Matungulu assure, pendant trois ans, de 1988 à 2001, le suivi de l’exécution du Programme de redressement économique du pays et aide le Cameroun à atteindre le Point de Décision de l’Initiative d’allégement de la dette en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE).

Avec Masangu, ce professeur de politique monétaire à la Faculté des Sciences Économiques de l’Université de Kinshasa - ancien conseiller spécial du Vice-gouverneur de la Banque centrale du Congo, ancien conseiller principal et coordonnateur du collège des conseillers économiques et Techniques au Cabinet du Premier Ministre, ancien conseiller économique des ministres du Plan, du Budget, des Transports et Communications, et du Commerce Extérieur - met toute l’architecture en place mais quitte son poste en 2003 pour reprendre ses fonctions au FMI à Washington DC.
Masangu se retrouve seul face au nouveau locataire du coquet immeuble du boulevard du 30 juin dont l’intérieur fut relooké par Pierre Pay-Pay wa Syakassyghe. C’est le ministre Mutombo Kyamakosa.
L’époque où le déjà vétéran gouverneur de la Banque Centrale du Congo tient conseil au fameux Kin-5, la résidence officielle des gouverneurs de la Banque Centrale sise boulevard du 30 juin, face au Golf. Et s'emploie à en baliser le chemin.
Le 30 juin 2003 voit l’avènement du 1+4. Joseph Kabila Kabange doit partager son pouvoir avec trois ex-chefs rebelles.
À l’Économie et Finances c’est Jean-Pierre Bemba Gombo, le chef du MLC, qui tient les manettes comme Vice-président de la République. Le mois suivant, grâce à l’élan imprimé depuis 2003 par le duo Matungulu-Masangu, le pays atteint le Point de Décision de l’Initiative PPTE en vue de l’allégement de la dette. 
C’est une année plus tard que la R-dC aurait dû atteindre le Point d’achèvement. Cela aurait dû être avec le régime 1+4...

LE PAYS A DÛ ATTENDRE CINQ ANS POUR ATTEINDRE LE SIEN.
Mais les tiraillements politiques et les agendas des uns et des autres qui marquent le 1+4 à quoi il faut ajouter la tenue des élections (Présidentielles et Législatives nationales, Provinciales et Sénatoriales) ne permettent pas de réelles avancées.
En réalité, il va du P.A comme de la CNS, la Conférence Nationale Souveraine. Notre pays a pris le départ avant bien de pays. Bien de pays en ont fini et en étaient déjà à leur reconstruction. Mais le Zaïre de Mobutu traînait les pieds...
Il est vrai que chaque pays a ses problèmes et donc ses réalités. 
Aujourd'hui, cinq ans plus tard le Point de Décision, que cela soit au ministère des Finances ou à la Banque centrale, plus personne ne doute plus de rien. Il est là ce Point d’achèvement tant attendu de l’Initiative d’allégement de la dette en faveur des pays pauvres très endettés, en abrégé PPTE. À 10 jours de cette atteinte, sauf accident improbable, ce Point d’Achèvement ne saurait plus échapper à la R-dC.
Les conseils d’administration de la Banque Mondiale et du FMI se tiennent respectivement le 29 juin et le 30 juin. D’ordinaire, ces deux Institutions séparées par une avenue mais reliées entre elles par un tunnel, se mettent d’accord sur les points inscrits à l’ordre du jour avant d’ aller à ces réunions. Avant d’y aller, explique un proche du dossier, les deux Institutions de Bretton Woods harmonisent leurs vues. Il est hors de question que l’une dise oui là où l’autre irait dire non.
Or, les dossiers R-dC ont été distribués aux administrateurs après qu’une délégation du FMI venue du 8 au 12 juin se soit assurée que tout allait dans la bonne direction. Pour le FMI, il s’agissait avant tout de vérifier si les critères de suivi de politique monétaire et de gestion des Finances publiques étaient respectés.

À fin avril, aucun des fameux sept déclencheurs ne posait problème même si fin mai, on pouvait craindre quelques dérapages dûs au déficit des Finances publiques, particulièrement aux recettes pétrolières qui n’ont pas atteint le niveau plancher. Cela dit, le pays s’attendait à des recettes plus accrues au mois de juin qu’au mois de mai.

Au ministère des Finances, le tableau de bord est bien tenu. La délégation du FMI s’en serait émerveillée.
Le souci portait sur les fameux critères intérieurs nets, les critères extérieurs nets et la position «net» du gouvernement. 
Depuis le changement intervenu le 19 février au ministère des Finances, le FMI ne serait pas loin de classer Kinshasa parmi ses meilleurs élèves, rapporte une source proche du ministère des Finances.
DES SOUCIS SÉCURITAIRES ONT PU FAIRE TOUT CRAINDRE.
«Si la gestion imprimée depuis février se poursuit, et si cette stabilité est toujours aussi visible et aussi soutenue, il y a aucun problème pour la R-dC: le Point d’Achèvement est à portée du pays», pose un proche du dossier qui dit que tel est aussi le point de vue de la Banque mondiale.

Pourtant récemment, ce ne sont pas les soucis qui ont manqué côté sécurité. Que cela soit l’incroyable assassinat du défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya Bahizire intervenu début juin ou, dans le domaine de l’insécurité judiciaire des investisseurs, les dossiers Kmt, Comisa ou Frontier…
Toutes entreprises minières, filiales r-dcongolaises du géant minier canadien First Quantum Minerals. Le projet Kmt a été résilié, en août 2009 avec fracas par Kinshasa après que ordre fût donné par la Primature au Procureur général de la République. Pourtant, FQM avait déjà investi Usd 600 millions dans Kmt. L’affaire est en jugement au niveau de la Cour arbitrale internationale à Paris.
Quant à Comisa et Frontier, ces firmes ont été dépossédées mi-mai 2010 de leurs sites d’exploitation aux confinsdu Katanga sur décision de la Cour suprême de justice. À Toronto, au Canada, on crie au scandale. Philip Pascall, le chairman de FQM jure qu’on lui paiera jusqu’au dernier dollar, devant toutes les cours du monde. Que la Cour suprême de R-dC n’aurait pas mesuré l’impact de sa décision inhérente à la remise en cause de la validité des permis d’exploitation de Comisa et de Frontier.

Mike Parker, le représentant de FQM en R-dC déclare au Soft International: «Le gouvernement canadien est parfaitement au courant de nos difficultés puisque nous sommes une société canadienne…»
Puis: «Nous avons été soutenus par l’accent mis sur l’amélioration du climat des affaires en R-dC».
Kinshasa a dû donner des gages en adhérant à l’OHADA, l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires.
Mais Robert York, le tout nouveau chef de mission du FMI à Kinshasa, exclut toute conditionnalité quelconque sur le chemin du Point d’ Achèvement en dehors de la stabilité macroéconomique.
Robert York qui a succédé à Bryan Ames, à lire un communiqué des services de la Primature, estime «qu’il n’y a (aucun) autre obstacle pour soumettre au conseil d’administration fin juin 2010 le dossier R-dC pour le Point d’Achèvement». Le 11 juin, il a soutenu, au terme de la mission du FMI à Kinshasa, que le Gouvernement r-dcongolais a, jusqu’ici, suivi de très près le programme convenu en décembre 2009 quand le pays a obtenu du FMI un second PEG, le Programme Économique Triennal du Gouvernement soutenu à près de Usd 560 millions sur trois ans en sept tranches.
Le communiqué de la Primature rappelle que le Premier ministre Adolphe Muzito Fumunsi, le ministre des Finances Matata Ponyo et son collègue du Budget Ntahwa Kuderwa, ainsi que le Gouverneur de la BCC, Jean-Claude Masangu Mulongo, ont été rassurés, au terme de leurs entretiens avec les experts du FMI, par les propos du représentant résident du FMI, Samir Jhajah selon qui, presque tous les 7 déclencheurs ont été atteints.

Les fameux déclencheurs du P.A sont:
1. la mise en œuvre du DSRP,
2. la stabilité macroéconomique,
3. l’utilisation de l’épargne budgétaire,
4. la gestion des dépenses publiques,
5. la gouvernance et la prestation des services dans les secteurs prioritaires,
6. les secteurs sociaux et ruraux,
7. la gestion de la dette.

Selon un document de travail parvenu au Soft International, on notait au 20 mai 2010 devant chacun des sept déclencheurs, la mention «observé» sauf sur trois volets sans que cela ne soit bien grave. C’est le volet stabilité macroéconomique qui posait donc problème avec la notation «en cours, à observer en permanence» mais aussi l’utilisation de l’épargne budgétaire qui laissait apparaître «presqu’observé» et la passation des marchés qui laissait apparaître «en retard».

LE MINISTRE DES FINANCES MATATA PONYO SE DIT ÉMERVEILLÉ.
Joint dimanche 20 juin 2010 à Lubumbashi où il séjournait, le ministre des Finances Matata Ponyo Mapon a été catégorique. «Le Fonds Monétaire International est surpris par nos performances. Le pays vient de connaître au cours de la première et deuxième semaines du mois de juin un taux d’inflation négatif. De même que des prix des biens et services en baisse. Jamais, ils avaient vu cela avant. En matière de gestion macroéconomique, nous avons là l’un des mois les plus indicatifs. Nous allons garder le cap», nous déclare-t-il. 
«Le 1er juillet, l’un des cadeaux que le pays puisse offrir à sa population est le Point d’Achèvement. C’est l’une des preuves que Kabila travaille. Il y a cinq mois, personne ne croyait que le pays allait atteindre le Point d’Achèvement. À l’époque, des voix s’élevaient pour parler de mirage. 
Aujourd’hui, nous avons des dates et des dossiers que nous présentons. Cela n’avait jamais été le cas auparavant. Jamais dans le passé, des experts du FMI n’étaient venus nous dire que tous les déclencheurs étaient bons et que le pays pouvait amorcer l’atterrissage. Il y a longtemps qu’on avait perdu l’habitude de cela dans ce pays», poursuit le ministre, émerveillé.

Puis: «Il nous faut plus que jamais nous préoccuper de la bonne gestion de nos Finances. Nos partenaires ont besoin d’être rassurés. Et ils sont prêts d’aller en avant avec nous».
Le mirage se serait donc transformé en miracle? Le ministre préfère souligner ce qui a rendu possible ce miracle. L’appui qui ne lui a jamais fait défaut auprès du Président de la République en personne. «Le Président de la République s’est personnellement impliqué dans ce Point d’Achèvement. Il a parlé directement au téléphone avec le président de la Banque Mondiale, Monsieur Robert Zoellick. Si j’arrive à contenir les dépenses, c’est fort de l’appui du Président de la République. Il me sert de paratonnerre. Dans un pays comme le nôtre, il y a des flèches qu’on vous décochent de toutes parts, et si vous ne pouvez pas compter sur un bouclier, vous ne pouvez aller nulle part», avoue le ministre. Avant d’ajouter: «Nous avons vraiment la chance d’avoir ce Président à la tête du pays».

Avec le P.A, le pays va voir s’effacer près de 10 milliards de dollars sur une dette globale de 13 milliards. Cet effacement est le plus important que la Communauté financière ait jamais effectué à ce jour. À ce jour, le paiement des services de la dette extérieure représentait une moyenne mensuelle de 13 millions USD. Le mois dernier, la R-dC a versé 30 millions de dollars. Un budget annuel de 156 millions USD qui allait au paiement de la dette. À partir du 1er juillet, sauf accident improbable, près de 160 millions/an vont donc aller à de nombreux projets pro pauvres. 
L’érection d’écoles, de centres de santé, de voies de desserte agricole, etc.


ALUNGA MBUWA/POLD KALOMBO        lesoftonline.net 21/06/2010

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